Quantcast

Retentissement sexuel, conjugal et social d’une population d’hommes stériles consultants en Andrologie: le point de vue du psychiatre de liaison

Research paper by Michel Bellone, Jean-Marc Rigot, Olivier Cottencin, Michel Goudemand

Indexed on: 01 Dec '03Published on: 01 Dec '03Published in: Basic and Clinical Andrology



Abstract

L’infertilité est désormais abordée comme une maladie incontestablement reliée à la sexualité entraînant l’homme et son couple dans une spirale de souffrance. Aborder les interactions entre la sexualité et l’Assistance Médicale à la Procréation présenterait donc un intérêt tout particulier pour suivre et aider nos patients. Nombre d’études de la littérature avancent le fait que l’infertilité occasionne un retentissement psychologique, social et sexuel majeur pour le couple. Dans la majorité des cas ces études sont effectuées dans les services de gynécologie et sont plutôt centrées sur les retentissements féminins et conjugaux de cette infertilité.L’échantillon étudié comportait 39 sujets divisés en deux groupes: 21 azoospermes et 18 oligoasthenospermes. Ces sujets ont été recrutés en consultation d’andrologie pendant une période de 6 mois. Nos sujets ont répondu à un questionnaire général sur l’infertilité décrivant le contexte clinique et symptomatique qui entoure l’infertilité, puis à un autoquestionnaire explorant le retentissement psychosocial, conjugal et sexuel de l’infertilité masculine ainsi que la représentation du psychiatre au sein d’un service d’andrologie.Un tiers de nos patients se sont vus annoncer pour la première fois leur diagnostic lors de la remise de leur spermogramme par le biologiste. Initialement, nos patients ont surtout envisagé des problèmes conjugaux, psychologiques et sociaux, mais très peu affectant leur sexualité. Ils se représentent l’infertilité masculine comme plus perturbante pour la femme que pour l’homme. 82% de nos sujets se représentaient leur partenaire sans difficulté sexuelle et 48,7% sans difficulté psychologique en rapport avec leur diagnostic d’infertilité. Les oligoasthénospermes se représentaient significativement plus «de difficultés psychologiques» chez leur partenaire que le groupe azoosperme. 41% de nos sujets éprouvaient un sentiment de culpabilité envers leur partenaire. Nous avions 10,3% de troubles sexuels avant le diagnostic d’infertilité masculine contre 25,6% après. II n’y a pas eu de modification importante de la sexualité dans la majorité des couples depuis le diagnostic. Seulement 40% des patients souffrant de difficultés sexuelles les reliaient à l’infertilité et 50% ne faisaient aucun lien entre les difficultés psychologiques liées à l’infertilité et les difficultés sexuelles. Ni la perte de spontanéité lors des rapports sexuels, ni les examens paracliniques jalonnant le parcours d’AMP n’influait sur la sexualité. 89,8% de nos patients sont prêts à modifier leur sexualité pour être plus fertiles sans que cela entraîne de problème sexuel ou psychologique et le souci d’efficacité procréatrice lors des rapports sexuels n’existe que dans un tiers des cas. Nous avons relevé une dissociation sexualité/reproduction plus marquée chez les oligo-asthénospermes que chez les azoospermes. Pour finir, 28,2% de nos patients sont soulagés lorsqu’ils parlent de leurs problèmes psychologiques et/ou sexuels avec un psychiatre.Nous avons relevé de nombreuses contradictions et sous-estimations dans les réponses. Nous avons confirmé l’existence d’une souffrance psychologique et sexuelle mais moins importante quantitativement que celle décrite dans les populations «gynécologiques». Quoiqu’il en soit, il existe bien une réelle souffrance psychologique et sexuelle dans notre population. C’est pourquoi nous proposons d’emblée une prise en charge préventive psychosomatique et sexologique de l’infertilité dans laquelle le praticien, qu’il soit andrologue ou psychiatre, devra aider le patient à verbaliser les affects inhérents à cette «nouvelle sexualité médicalisée».